Billy Kazdar
Paris | LÉEAU

"J’ai acheté un bouquin de Saint Laurent qui m’a beaucoup inspiré pour mon choix de vestiaire. L’idée de Saint Laurent était de s’approprier le vestiaire masculin, et le retranscrire sur le vestiaire féminin. Mon idée a été de faire le contraire, et de retranscrire le vestiaire féminin vers le vestiaire masculin. LÉEAU est une marque pour homme, qui se veut non-genrée, et qui a pour conviction d’exploiter la féminité au masculin. "

Peux-tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Billy, je suis issu de ESMOD Roubaix. J’y ai majoritairement appris le stylisme, mais aussi le modélisme. Avant cela, j’ai fait un BTS « métier de la mode vêtement », ce qui m’a permis d’apprendre le modélisme sur buste, sur papier, mais aussi le modélisme informatique. Par rapport à ESMOD, le côté digital était plus développé, ce qui rendait ce BTS intéressant. Aujourd’hui, je suis encore en stage et je dois faire le choix entre poursuivre une carrière en stylisme ou en modélisme. J’aime les deux, et le choix n’est pas forcement simple.

Que fais-tu actuellement ?

Je suis développeur produit chez Yves Salomon. Je m’occupe des dossiers techniques : dessin à plat, développement de prototype et suivi du thème de collection. Généralement dans les grandes Maisons, c’est plutôt difficile d’occuper un poste varié. J’ai de la chance car de mon côté, je touche à tout.

Comment en es-tu arrivé à t’intéresser à la mode ?

J’ai toujours aimé la mode. J’ai commencé à m’y plonger un peu plus après 18-20 ans, à la suite de mon premier BTS communication. Ça ne m’a pas du tout plu, et ça m’a justement pousser à faire quelque chose qui me plaisait. Depuis tout petit je dessine, je fabrique, je suis très manuel, et je savais que j’étais fait pour ça. Je voulais faire quelque chose de mes mains. C’est justement pour cette raison qu’il est difficile de choisir entre le modélisme et le stylisme. J’adore le côté manuel du modélisme, mais j’aime aussi le dessin qu’on retrouve dans le stylisme.

Quel est le nom de ta marque ?

LÉEAU. C’est la contraction entre « Léo », prénom latin signifiant lion, et « l’eau ». Le logo de ma marque symbolise le lion, animal que j’apprécie beaucoup. Concernant l’eau, elle occupe une partie importante de mon enfance et de ma vie. J’adore nager, et j’ai toujours fait de la natation. C’est également un clin d’oeil aux oeuvres de David Hockney et ses multiples piscines californiennes.

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D’où viennent tes inspirations pour tes créations ?​

Pour cette première collection, je me suis inspiré du plus profond de moi-même. Lors de la création du moodboard, j’ai vraiment creusé sur ce que j’affectionne depuis mon enfance. Mon inspiration s’est vraiment formée à travers les images de mon enfance, et les images de ma vie actuelle. Voici quelques visuels de mon moodboard :

Dans ces premières photos, tu retrouves mon cocon familial ainsi que les éléments qui m’ont inspiré pour le nom de ma marque.

Dans cette partie figurent mes inspirations « couleur ». On y retrouve des anciens artistes que j’affectionne tels que Klein, Picasso, Warhol.

L’odorat est représenté sur cette page, avec les fruits, les clopes, le papier, la chaleur, l’eau…

Sur ce visuel, l’ouïe s’exprime à travers les éclats, les éléments qui se cassent, se frottent. On est sur un aspect assez brut.

J’ai acheté un bouquin de Saint Laurent, que j’ai utilisé dans mon moodboard, et qui m’a beaucoup inspiré pour mon choix de vestiaire. L’idée de Saint Laurent était de s’approprier le vestiaire masculin, et le retranscrire sur le vestiaire féminin. Mon idée a été de faire le contraire, et de retranscrire le vestiaire féminin vers le vestiaire masculin. 

LÉEAU est une marque pour homme, qui se veut non-genrée, et qui a pour conviction d’exploiter la féminité au masculin.

Planches de dessins de Yves Saint Laurent, reprises dans "All About Yves".

« Atelier d’artiste » que j’ai créé et qui fait également partie de mon moodboard, fait le lien avec les croquis de Saint Laurent et toutes mes inspirations de début de collection.

atelier d'artiste
"Atelier d'artiste", par Billy Kazdar - LÉEAU E/A 2020

Le livre de Saint Laurent est très complet, avec des croquis, des lettres etc. Voici par exemple la première lettre qu’il a écrite à Vogue, dans laquelle il demande des conseils sur sa carrière, car il ne sait pas s’il doit continuer ses études ou devenir autodidacte.

Lettre d’Yves Saint Laurent à Michel de Brunhoff, circa Juin 1954

Cette page est également issue du livre, et le message représente totalement l’état d’esprit que j’ai eu en créant ma collection. J’ai voulu retranscrire mes inspirations à travers mes yeux d’enfant, sans jamais trop me prendre au sérieux.

Extrait de "All About Yves" - Livre de Catherine Örmen, 2016

Quelle est ta signature ?

Je dirais tout d’abord la superposition de poches visuelles, avec l’une qui tombe un peu plus que l’autre. Il y a également mon logo, le lion imprimé sur plastique, qui apparaît sur chaque vêtement au niveau de l’étiquette extérieure.

Ta dernière collection est une collection Homme, te verrais-tu lancer une collection Femme ?

Je suis totalement intéressé par les deux. Lorsque j’ai créé cette collection, je me dirigeais plutôt vers une collection homme. Au final, je ne faisais que des dessins femme, et je n’arrivais pas à retranscrire de l’homme dans mes idées. Si je développe une collection de vêtements femme, elle sera comme la dernière, accessible quel que soit le genre. Mes vêtements peuvent autant être portés par les hommes que par les femmes. Tout n’est qu’une question de coup de cœur, je ne veux pas que le genre de la personne soit un critère. J’ai par exemple développé une chemisette ayant une coupe homme, avec des volants de femme. Ce que je veux apporter dans mes pièces, c’est ce mélange de masculinité et de féminité.

Quelle est la pièce favorite de ta collection ?

Ce pantalon à pli, que j’ai nommé YVEN. C’est un pantalon évasée au niveau du bas, avec un pli large et un laçage en haut qui donne un aspect de corsetterie.

Quelle serait la collaboration de tes rêves ?

M’associer avec une marque Sportwear de style Nike ou Adidas. Il y a une certaine sensibilité chez eux, et ils mettent vraiment en lumière le créateur. Ils pénètrent totalement dans l’univers de la personne, et laissent les jeunes talents s’exprimer. Par exemple, Daniëlle Cathari, toute jeune créatrice, qui a été repérée grâce à sa collection de fin d’études et a pu lancer une collaboration avec Adidas. Ce sont deux marques qui touchent toute génération et tout type de personne.

Quels sont tes futurs projets ?

En parallèle à mon travail actuel, j’aimerais continuer à développer ma marque en faisant des pièces un peu plus simples et commerciales. Je m’intéresse à l’upcycling, je n’en ai pas fait dans ma dernière collection et j’aimerais bien en faire dans la future. Ça me permettrait de retravailler des pièces, en y mettant ma marque, mon logo, et de les revendre par la suite afin d’avoir un plus gros budget.

Peut-on d’ores et déjà acheter tes pièces ?

Oui, sur demande. Les premières pièces réalisées ne sont pour l’instant pas disponibles à la vente, mais il m’est arrivé de reproduire une pièce pour une personne intéressée par mes créations.

Y’a-t-il un aspect de la mode que tu n’apprécies pas ?

Ce copier/coller des grandes Maisons où les basiques se ressemblent avec un détail changeant. Contrairement aux marques émergentes qui essaient de se dépasser dans leur créativité pour sortir du lot, à tout niveau, que ce soit dans le domaine de l’accessoire, de la chaussure ou encore de la maroquinerie. 

Selon toi, la création mode est-elle un art ?

Oui. Si ce n’est pas un art, c’est ennuyant. Elle fait vivre les gens et procure des émotions. C’est un art dans l’idée même de dessiner, et de créer. Dans le modélisme, tu es artiste de ta toile, en jouant avec les volumes, les couleurs…

Et toi, si tu étais une œuvre d'art, tu serais laquelle ?

“A Bigger Splash”, de David Hockney. Comme je te l’ai dit, je suis passionné par les piscines d’Hockney.

A Bigger Splash - David Hockney, 1967
Peter Getting Out of Nick's Pool - David Hockney, 1966

Des conseils à donner aux jeunes créateurs qui souhaitent lancer leur marque ?

Être ouvert aux remarques, mais finalement toujours s’écouter, car ça reste le plus important. En développant ma collection, j’ai beaucoup douté, et j’aurais finalement aimé qu’on me dise de suivre un peu plus mes envies et d’y aller à fond. Il faut écouter les conseils, mais ne jamais oublier de faire ce qui te correspond.