Zoar Andria
Montpellier | MIARAKA

"Ma première création vendue a été faite à partir d’une veste en jean en bon état qui trainait par terre dans un marché aux puces. À l’heure de remballer, certains exposants laissent sur place leurs invendus et j’ai vu cette veste car une dame l’avait ramassée, inspectée et relaissée par terre... je trouvais ça fou de jeter un tissu aussi cool. J’étais sûr qu’il y avait moyen d’en faire quelque chose."

Peux-tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Zoar, j’ai 33 ans et je suis basé à Montpellier. Je n’ai pas vraiment suivi de formation dans la couture, à part le fait que ma mère était retoucheuse dans le prêt-à-porter et m’a appris à faire des ourlets quand j’avais douze ans. Elle en avait marre de faire les miens. C’est vraiment plus tard, vers mes 25 ans, que je me suis remis à coudre pour customiser des vêtements en mettant des poches sur des t-shirts ou en retaillant les jeans droits de mes potes en un fit slim.

Comment en es-tu arrivé à t’intéresser à la mode ?

Dès mon enfance, ma mère aimait bien m’habiller, coordonner les couleurs… J’ai gardé ce goût pour le style dans mon adolescence, en traînant dans des cercles de danses hip hop. Je faisais également beaucoup de skate ! Dans ces milieux, il y a une certaine idée de la mode avec des codes qui s’installent dans le temps et qui évoluent. Ensuite, j’ai commencé la création, d’abord à travers la musique et plus précisément le beatmaking. J’aime sampler des classiques de la musique soul, jazz… découper les parties, les voix qui me touchent sur une musique et les assembler pour proposer une nouvelle écoute, une nouvelle façon de percevoir la musicalité du morceau choisi. Tout naturellement, le sur-cyclage (upcycling) était déjà intégré dans ma façon de procéder.

Tu fais donc un parralèle entre la musique et la mode dans le concept d’upcycling ?

Je n’y pensais pas sur le moment mais finalement c’est quelque chose que je faisais beaucoup : reprendre des samples de musiques existantes pour en faire quelque chose de nouveau et frais.

Quel est le nom de ta marque ?

Ma marque s’appelle MIARAKA. Ça signifie “Ensemble” en malgache. J’ai lancé la marque en produisant mes créations grâce aux déchets textiles des autres.

Ma première création vendue a été faite à partir d’une veste en jean en bon état qui trainait par terre dans un marché aux puces. À l’heure de remballer, certains exposants laissent sur place leurs invendus et j’ai vu cette veste car une dame l’avait ramassée, inspectée et relaissée par terre alors que la poubelle n’était pas loin. Entre le désarroi de l’incivisme et la couleur de la veste, je l’ai ramassée, elle était en bon état mais elle était vraiment mal coupée. Je l’ai gardée quand même parce que je trouvais ça fou de jeter un tissu aussi cool. J’étais sûr qu’il y avait moyen d’en faire quelque chose.

Aussi, comme je te disais, je traine pas mal dans les milieux hip hop, et l’expression “on est ensemble” est en place depuis que je m’intéresse à ce mouvement.

D’où viennent tes inspirations pour tes créations ?

L’inspiration me vient surtout des cercles qui m’entourent et des gens qui en font partie. Que ce soit dans des battles, des contests… ou juste la rue. J’aime beaucoup observer les différentes personnalités qui s’en dégagent.

3 mots pour qualifier ta marque ?

Sens – Personnalité – Durable

Avant de créer ma marque, j’ai travaillé dans le prêt à porter pendant quelques années. Lorsque l’occasion d’évoluer dans l’entreprise se montrait, j’étais dans une phase de réflexion sur pas mal de choses et j’avais besoin de plus de cohérence. Mon travail n’avait plus de sens car je ne pouvais pas critiquer et vouloir que le monde actuel bouge tout en continuant à vendre des vêtements qui ont un impact environnemental et social énorme à cause de leur mode de production.

Concernant la personnalité, je suis issu du milieu de la culture urbaine, un ensemble très riche en diversité mais qui pour moi s’accorde sur un sujet : pouvoir accomplir des choses. Avoir du style et pouvoir danser, breaker, skater.. en étant à l’aise avec des pièces uniques.

Comment appliques-tu le concept d’upcycling dans tes collections ?

J’aime le fait d’utiliser le tissu en prenant en compte la vie qu’il a eu, son histoire, de sa fabrication jusqu’à sa vie portée. Du coup, j’aime l’utiliser simplement avec ses délavages ou ses différentes coutures déjà travaillées par une petite main à l’autre bout de la planète.

As-tu une signature ?

Je dirais que la boucle de salopette et le bouton avec le logo sont les signatures de mes créations. Elles sont présentes sur toutes les pièces qui nécessitent une attache.

As-tu une pièce favorite dans tes collections ?

J’aime beaucoup la collab avec Alter vêtement.

Qui sont tes plus grands modèles et inspirations ?

Je n’ai pas vraiment de modèle. Je dirais peut-être Pharrell Williams car j’ai grandi en voyant toute son évolution et surtout son influence sur la mode streetwear des années 2000 à nos jours. L’inspiration me vient plus de la rue et des gens qui en sont issue.

Quels sont tes projets futurs ?

Continuer à explorer des créations d’inspiration workwear.

As-tu des projets liés à Miaraka mais qui sortent de la création ?

Je fais partie d’une association dans laquelle j’anime des ateliers avec des jeunes (en CAP couture etc.) pour leur expliquer l’upcycling et potentiellement influencer les futurs créateurs à adopter cette méthode.

Peut-on d’ores et déjà acheter tes pièces ?

Oui, sur mon site https://miaraka.net/, dans quelques marketplaces ou boutiques, puis dans mon atelier showroom à Montpellier.

Quelles sont tes ambitions pour l’avenir ?

Pouvoir continuer à proposer des nouvelles créations. Je vais aussi commencer à former des jeunes afin de les sensibiliser à la création textile responsable. Je ferai ça à travers des ateliers via une association.

Si tu étais une adresse ?

Un Emmaüs.

Si tu étais un film que tu pourrais associer à la mode... ?

Do The Right Thing, de Spike Lee.

Do The Right Thing - Réalisé par Spike Lee, 1989

Des conseils à donner aux jeunes créateurs qui souhaitent lancer leur marque ?

Faire ce dont ils ont envie, de continuer malgré tous les obstacles. La finalité, c’est le chemin à faire pour pouvoir continuer à créer.