Anna Redon
BABYREWORK PARIS | Paris

"Le sac à main est une attitude, je trouve ça hyper intéressant de voir la manière dont les filles portent leur sac. "

Peux-tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Anna, j’ai 27 ans et je viens du sud de la France. Je suis montée à Paris à 20 ans pour faire l’atelier Chardon Savard, puis j’ai lancé Babyrework en 2020.

Comment en es-tu arrivée à t’intéresser à la mode ?

C’est un peu cliché, mais je suis passionnée depuis toujours. J’ai grandi dans les tissus et les rubans, ma grand-mère était couturière et ma mère a longtemps cousu des vêtements. Je mentirais si je disais que plus jeune, j’imaginais réussir à évoluer dans ce milieu. C’est un monde mesquin, je me disais que je n’y avais peut-être pas ma place humainement. Aujourd’hui, j’évolue dans la mode avec ma façon de voir les choses et je m’y trouve très légitime.

Ta marque s'appelle donc Babyrework ?

J’avais envie de lancer un concept très premier degré, j’ai donc fusionné deux réflexions pour parvenir à ce nom. “Baby” fait référence à cette idée d’accessoire très petit et compact, le sac en main est un peu comme notre bébé. “Rework” car je retransforme le produit, mes pièces sont toutes upcyclées.

D’où viennent tes inspirations pour tes créations ?

Étant une nana des années 90, je m’inspire pas mal des icônes hyper girly comme Britney Spears. Par contre, derrière ces images très pop et colorées, je suis une fille qui s’habille essentiellement en noir. J’ai aussi beaucoup fantasmé sur des sacs que je n’ai jamais pu avoir. Du coup, pour lâcher ma frustration, j’en crée par centaines aujourd’hui (rires).

Trois mots pour qualifier ta marque ?

Street, glamour et original. Street par l’inspiration, glamour par le contraste, et original car chaque exemplaire est unique. Il y a toute une réflexion derrière mes pièces, j’adapte la conception du produit par rapport au client. J’essaie de revisiter ces marques iconiques que l’on consomme depuis des décennies, en les transformant en quelque chose de diamétralement opposé.

Qui sont tes plus grands modèles et inspirations ?

Comme je l’ai dit plus tôt, je dirais que les pop stars des années 90 m’ont fortement influencé, surtout par rapport à ma vision de la féminité. Autrefois, la cagole avait une image péjorative, mais aujourd’hui, cette nana est à la mode et s’assume envers et contre tout. Je trouve ça fabuleux. Dans un registre hyper différent, je suis aussi passionnée par les univers très sombres, comme ceux de Yohji Yamamoto ou Rick Owens et leurs visions torturées. Dans mes shootings, j’essaie de mélanger de manière subtile ces différentes inspirations. Que ce soit au niveau du stylisme ou du travail des ombres, j’instaure les univers goth, street, glam. Chaque nana peut s’adapter selon son mood. Entre lundi et dimanche, tu peux être sept filles différentes, d’où les inspirations contrastées.

As-tu une signature ?

Le manuscrit que j’instaure pour chaque pièce. Toutes mes pièces possèdent leur numéro unique floqué à l’intérieur. Le floquage se fait à la main avec la même typographie que le logo. De manière un peu conceptuelle, je dirais que chaque sac s’apparente à une personne. Il y a cette idée que la fille soit associée au numéro de son sac. Je m’adresse à elle comme étant la nana « N°6 » par exemple. Il y a également un certificat fourni dans le packaging, qui inclut le prénom de la cliente écrit à la main, son numéro, et un petit message personnel. J’ajoute une petite touche finale en parfumant chaque sac avant l’envoi.

Quels sont tes projets pour cette année ?

J’ai trois idées en tête. J’ai capté la demande, donc premièrement j’aimerais ouvrir les possibilités et proposer des petits drops chaque mois, sous une même thématique. Il y aura également de la commande sur-mesure. Enfin, je compte faire quelques collaborations avec des artistes et des marques. Il y a des invendus, de la matière qui meurt, il faudrait permettre à cette dernière d’être exploitée via des collabs avec d’autres marques.

Quels sont tes designers préféré.e.s ?

Dans les grands noms, si je devais n’en citer qu’un, je dirais Margiela. Autant pour ses créations que pour le personnage qu’il incarne. Je suis fascinée par la vision du créateur et les valeurs de la Maison.

Si tu étais un lieu ?

Paris et Marseille réunis !

Que veux-tu que les gens ressentent en portant tes sacs ?

C’est un peu contradictoire. Je souhaite que mes clientes se sentent uniques à travers l’exclusivité du sac, mais que parallèlement, elles aient le sentiment de faire partie d’une même team où l’on défend des valeurs communes.

Le sac à main est une attitude, je trouve ça hyper intéressant de voir la manière dont les filles portent leur sac.

La création mode est-elle un art ?

Bien sûr ! Pour dire vrai, je crois même que c’est un mélange de plusieurs arts différents. La mode en dit tellement sur l’histoire et la société, c’est le reflet du monde.

Des conseils à donner aux jeunes créateurs qui souhaitent lancer leur marque ?

N’écoutez pas ce qu’on vous dit, qu’il y a déjà trop de marques qui existent, que tous les concepts sont déjà pris, que c’est un milieu bouché… C’est difficile de se lancer, encore plus de perdurer, mais si vous avez quelque chose à dire, croyez-y et… Just do it !