Amandine Armand
UNDATED | Marseille

"C’est important pour moi de me reconnecter avec des techniques perçues comme désuètes. Ce que j’aime avec le tricot machine, c’est l’infinie possibilité de design, de motifs, de fils, de matières. Tout est possible."

Peux-tu te présenter rapidement ?

Amandine, 34 ans. Styliste de formation, j’ai travaillé au sein de grandes entreprises de prêt-à-porter en tant que styliste avant de me lancer en tant que styliste en free-lance. J’accompagne des marques dans leur lancement de collection-design produit. À côté, je travaille 80% de mon temps sur mon projet Undated. J’espère réussir à en vivre bientôt.

Comment as-tu demarré Undated ?

Mon projet est né il y a 2 ans, j’avais envie de me challenger en termes de style et de technique. L’univers de la maille étant nouveau pour moi, j’ai tout appris sur le tas, en autodidacte. C’est important pour moi de me reconnecter avec des techniques perçues comme désuètes. Ce que j’aime avec le tricot machine, c’est l’infinie possibilité de design, de motifs, de fils, de matières. Tout est possible. J’aime aussi énormément la partie mécanique et technique, savoir réparer et bidouiller la machine, c’est génial et valorisant.

Quel est le nom de ta marque ?

UNDATED adj. Qui n’a pas de date, qui est sans limite, sans fin. C’est l’idée de l’upcycling, réutiliser ce qui existe, dans mon cas la matière première (deadstock), et de l’intemporalité (symbolique kitsch indémodable). 

Trois mots pour la qualifier ?

Kitsch, coloré, éco-responsable.

UNDATED revisite avec un style kitsch, frais et coloré le tricot artisanal. Les pièces sont tricotées à Marseille sur une machine vintage fonctionnant sans électricité. La matière première est chinée et provient exclusivement de stocks dormants (pour le moment association ou particulier). Chaque pièce est unique ou créée en série ultra-limitée. Undated s’ancre dans le mouvement slow fashion qui propose une nouvelle manière d’appréhender la mode, plus respectueuse de l’environnement et de l’humain.100% upcycling et zero waste.

D’où viennent tes inspirations pour tes créations ?

Côté mode, je suis très fan des styles bling bling à l’italienne, Versace, Pucci, Dolce Gabbana. Je suis aussi très impressionnée par la créativité des jeunes marques indé émergentes (Impolitesse, Lea Wald, Coeur Fleur, Fantasy Dinasty, Maison Mourcel etc). Hors mode, étant une enfant des 90’s et une ado de 00’s, je suis fortement inspirée par les figures féminines comme Missy Elliott, Aaliyah, Brandy mais aussi tout le rap français, IAM, Scred Connexion etc. J’ai aussi un gros crush pour la musique Neo perreo, c’est une sorte de regeaeton-trap vraiment scandalous, j’adore.

Je suis pas mal fan de l’univers Barbie. Même si elle est énervante, c’est cool de redéfinir cette figure aujourd’hui et de n’en garder que le meilleur. Stop aux égéries uniquement blondes, blanches et minces. Je suis aussi inspirée par l’univers du tattoo, je trouve que les symboles kitsch que j’affectionne s’y rejoignent : chaîne, feu, serpents, cœur etc. Pour les artistes, je suis fan de Delphine Dénéreaz et d’Adriana Lozano, elles ont toutes les deux un rapport à la texture et la technique qui est très riche et qui me touche.

Quelle serait la collaboration de tes rêves ?

Le projet que j’ai avec mon amie Chloé, qui tient la friperie Digger.club. Nous sommes en train d’associer nos forces pour ouvrir un atelier-boutique dédié à la mode éco-responsable à Marseille ! Ouverture prévue pour mi-juillet.

Peux-tu nous en dire plus sur ce beau projet avec ton amie Chloé ?

On est deux derrière l’atelier-boutique Villa Coeur, Chloé avec sa fripe de qualité @digger.club et moi avec @undated.clothing. On s’est rencontrées via nos projets et immédiatement, on s’est rendues compte qu’on avait le même rêve : celui de proposer un lieu alternatif (et associatif !) qui mettrait la mode éco-responsable et ses créateur.rices sur le devant de la scène. Un lieu où chacun.e pourrait venir trouver des pépites et apprendre à faire de ses mains. Un point de ralliement pour celleux qui allient style et convictions. Bref, la boutique-atelier trop stylée. On a fait les travaux nous-même, on en est trop fière et on ouvre enfin les portes de la Villa le 29 juillet à Marseille !

VILLA COEUR :

Villa : Parce que c’est la maison rêvée, celle qui sent bon le Sud et où l’on sait que l’on sera reçu.e.s comme il se doit.

Coeur : Parce que c’est notre moteur principal, celui qui a fait avancer ce projet depuis le jour 1. Le coup de cœur, la passion, l’amour des belles choses bien faites.

As-tu une pièce favorite dans tes collections ?

C’est ma robe Nafta, elle combine tout en termes de couleur et de motif. Je la trouve vraiment too much et elle me fait rigoler. J’aime créer des pièces qui font sourire. Elle m’a nécessité environ 30 heures de travail.

30h pour réaliser ta pièce favorite, peux-tu nous raconter le process de création ?

J’utilise plusieurs techniques pour créer des motifs avec ma machine. La technique utilisée pour la robe Nafta est la plus longue car elle nécessite une très grosse intervention à la main. Cette technique, c’est le jacquard intarsia. Elle consiste à créer une grille avec son motif, souvent de grands motifs complexes et pleins de couleurs différentes, sinon c’est pas drôle. Ensuite, on tricote avec un système de croisement des fils à la main en comptant ses 200 aiguilles, pour repérer telle aiguille qui tricote, en telle couleur, sur tel rang. Un vrai casse-tête, mais le résultat est sublime. Heureusement, il existe d’autres techniques moins complexes et moins chronophages qui me permettent de proposer des pièces à des prix plus abordables, comme le top fuego par exemple. Sur instagram, je partage souvent les backstages du process, donc si vous êtes curieux.ses, n’hésitez pas à me suivre.

La création mode est-elle un art ?

Oui ! On est toujours mis.es de côté lorsqu’on propose une alternative artisanale car pas assez ”artistes” ou pas assez “business”, mais on est juste en train de proposer une nouvelle manière de consommer et surtout de retrouver une relation précieuse avec son vêtement. 

Des conseils à donner aux jeunes créateurs qui souhaitent lancer leur marque ?

Je dirais la patience. C’est parfois dur de ne pas se décourager quand on passe autant de temps sur un projet, on voudrait que tout marche très vite. Donc pour ne pas trop se mettre la pression et travailler sereinement sur le développement de son projet, c’est bien de garder un job à côté pour assurer un revenu. Et sinon le conseil « facile à dire, pas facile à appliquer mais vrai ! » : ne pas avoir peur d’essayer des choses, se lancer même si on doute. Ayez confiance en vous, peu importe votre parcours, sentez vous légitime de proposer quelque chose qui vous ressemble.